On s’assoit pour commencer un dossier, puis pour répondre à quelques mails, puis pour enchaîner une réunion visio. Et sans vraiment s’en rendre compte, la journée de travail de bureau devient une longue parenthèse immobile. C’est souvent là que naît la même impression : bouger au bureau, sur le papier, c’est une bonne idée ; dans la vraie vie, cela ressemble parfois à une équation impossible.
Pourtant, le sujet ne se résume pas à “faire du sport” pendant sa pause déjeuner. Quand on parle de sédentarité au travail, on parle surtout du temps passé assis, souvent longtemps et sans interruption. Or ce temps assis prolongé a des effets propres sur la santé, même chez des personnes qui ont par ailleurs de bonnes intentions ou une activité physique le soir ou le week-end. L’enjeu n’est donc pas d’en faire plus à tout prix, mais d’apprendre à remettre un peu de mouvement dans une journée très assise. Les recommandations de l’OMS [1], de la HAS [2] et de l’Anses [3] vont dans ce sens : il faut limiter le temps sédentaire et, surtout, interrompre régulièrement les périodes passées assis.
Travail de bureau : pourquoi reste-t-on assis si longtemps sans s’en rendre compte ?
Le travail de bureau cumule beaucoup de facteurs qui favorisent l’immobilité. L’écran capte l’attention, les tâches s’enchaînent sans transition physique, les échanges se font en ligne, et la concentration pousse souvent à rester “posé” pour avancer. On peut même avoir l’impression d’être actif toute la journée, alors que le corps, lui, bouge très peu.
C’est d’ailleurs ce qui rend la sédentarité si particulière : elle ne correspond pas simplement au fait de ne pas faire assez d’exercice. On peut être motivé, marcher un peu le matin, prévoir une sortie le soir… et malgré tout passer une très grande partie de la journée assis. Santé publique France [4] rappelle d’ailleurs que la sédentarité est distincte du manque d’activité physique, même si les deux peuvent se cumuler.
Dans cette configuration, le problème n’est pas moral, et encore moins individuel. Ce n’est pas une question de volonté insuffisante. C’est souvent l’organisation même du travail qui pousse à rester assis longtemps. C’est aussi pour cela que le sujet parle à tant de salariés, en présentiel comme en télétravail.

Bouger au bureau, ce n’est pas forcément faire plus : c’est surtout interrompre le temps assis
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire de transformer son bureau en salle de sport pour agir. Dans bien des cas, le premier levier consiste simplement à rompre la sédentarité. Se lever quelques minutes, marcher un peu, changer de posture, aller parler à un collègue plutôt que d’envoyer un message, profiter d’un appel pour se mettre debout : ce sont de petits gestes, mais ils redonnent du mouvement à une journée qui en manque.
L’Anses souligne l’intérêt d’interrompre le temps assis au minimum toutes les 30 minutes, même par une activité légère, comme marcher quelques mètres ou mobiliser les articulations. Dans le même esprit, un article publié par l’Anses en 2024 [5] rappelle que marcher régulièrement cinq minutes et rompre la position assise peut avoir des effets positifs, y compris sur la vigilance et la fatigue ressentie.
Ce que montrent les études récentes : les petits rappels peuvent vraiment aider
Les recherches récentes confirment que des solutions simples peuvent avoir un effet concret. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2025 [6] s’est intéressée aux messages affichés sur ordinateur pour inciter les salariés à faire des pauses. Elle a inclus 18 études portant sur 1 164 employés de bureau. Résultat : ces rappels ont été associés à une baisse moyenne de 12,46 minutes de temps assis par jour de travail et à une hausse d’environ 1 030 pas par jour de travail. Les auteurs restent prudents sur le niveau de preuve, jugé faible à modéré, mais l’idée est intéressante : un simple rappel, bien placé dans la journée, peut aider à sortir de l’automatisme du “je reste assis encore un peu”.
Autrement dit, on n’est pas seulement face à un problème de motivation. On est aussi face à un problème d’oubli, d’inertie et d’enchaînement. Dans ce contexte, une alerte discrète, un pense-bête visuel ou un minuteur peuvent devenir de vrais coups de pouce. Cela rejoint assez bien l’expérience de nombreuses personnes : le plus difficile n’est pas forcément de se lever, c’est d’y penser au bon moment.
Quelles solutions face à la sédentarité quand on a un vrai travail de bureau ?
Une autre étude publiée en 2025 [7], issue de l’essai national BeUpstanding, va dans le même sens. Elle a suivi 1 614 salariés dans 66 lieux de travail et a observé l’usage de 21 stratégies pour “moins s’asseoir et plus bouger” pendant une intervention de huit semaines. Les résultats montrent que l’utilisation des stratégies a augmenté, que toutes ont été jugées acceptables par au moins une partie des participants, et qu’aucune n’a été considérée comme contre-productive. Surtout, les auteurs concluent qu’il n’existe pas une seule bonne méthode : plusieurs combinaisons peuvent fonctionner, selon les contraintes du poste, les habitudes de l’équipe et le contexte professionnel.
C’est probablement le point le plus rassurant. Bouger au bureau ne suppose pas d’appliquer une recette parfaite. Pour certaines personnes, le plus réaliste sera de se lever pendant les appels. Pour d’autres, ce sera de se déplacer davantage dans les locaux, de prévoir une impression à l’étage, de faire une courte réunion debout, ou d’utiliser un rappel sur ordinateur. Dans certains collectifs, cela passera aussi par une culture d’équipe plus favorable : accepter qu’un échange puisse se faire en marchant, qu’une pause de deux minutes ne soit pas une perte de temps, ou qu’un poste de travail puisse intégrer davantage de variations.

Au fond, l’équation n’est pas impossible. Elle demande surtout de changer de regard. Bouger quand on fait un travail de bureau, ce n’est pas réussir un exploit sportif au milieu des réunions. C’est créer, au fil de la journée, des occasions modestes mais régulières de sortir du tout-assis. Et parfois, ce sont justement ces petits décalages qui rendent la journée un peu plus respirable.
1 : World Health Organization. WHO Guidelines on Physical Activity and Sedentary Behaviour, 2020. : lire l’article
2 : Haute Autorité de Santé. Guide des connaissances sur l’activité physique et la sédentarité, 2022 : lire l’article
3 : Anses. Avis relatif à l’évaluation des risques liés à la diminution de l’activité physique et à l’augmentation de la sédentarité en situation de confinement, 2020 : lire l’article
4 : Santé publique France. Revue de littérature sur l’efficacité des interventions visant à limiter la sédentarité en milieu professionnel, 2023 : lire l’article
5 : Marcher régulièrement 5 minutes pour préserver sa santé : lire l’article
6 : Leppe-Zamora J, et al. The effect of computer prompt in breaks of sedentary behaviour among office workers: a systematic review and meta-analysis. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2025 : lire l’article (en anglais)
7 : Healy GN, et al. Usage and effectiveness of strategies to sit less and move more: evaluation of the BeUpstanding™ national implementation trial. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2025 : lire l’article (en anglais)
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