Ces dernières semaines, les résultats alarmants sur le niveau de condition physique des enfants à l’entrée en sixième ont beaucoup fait réagir. Difficultés d’endurance, baisse des capacités motrices, sédentarité accrue… Faut-il s’en étonner dans un quotidien rythmé par les écrans, les déplacements motorisés et le temps passé en intérieur ?
Et si, au-delà des constats, nous avions sous les yeux une solution simple, universelle et pourtant sous-estimée : le jeu actif en plein air ?
Un collectif international de chercheurs vient de publier un nouvel énoncé de position 2025 consacré à ce sujet. Leur message est clair : le jeu actif en plein air n’est pas un simple loisir d’enfants. C’est un véritable levier de santé, d’éducation, de cohésion sociale et même de résilience environnementale, à tous les âges de la vie.
Le jeu actif en plein air : bien plus qu’un jeu d’enfant
Quand on parle de jeu actif en plein air, on pense spontanément aux enfants qui courent, grimpent, sautent ou explorent un parc. Mais la définition est plus large : il s’agit de toute activité physique spontanée, ludique, réalisée à l’extérieur, dans un environnement naturel ou aménagé.
Les recherches compilées dans l’énoncé 2025 montrent que jouer dehors aide à bouger davantage, à réduire le temps passé assis et à améliorer la qualité du sommeil. Être à l’extérieur favorise des mouvements plus variés, plus longs, souvent plus intenses que ceux réalisés en intérieur. Les environnements extérieurs encouragent l’activité physique spontanée, sans même que l’on s’en rende compte.
Les bénéfices ne sont pas seulement physiques. Le jeu actif en plein air agit aussi sur la santé mentale. Il favorise la réduction du stress, améliore l’humeur, renforce le sentiment de bien-être et soutient le développement des compétences sociales. Chez les enfants, il participe à la confiance en soi, à la capacité à résoudre des problèmes et à la créativité.
Et ces mécanismes ne s’arrêtent pas à l’adolescence ! Les adultes et les seniors tirent eux aussi profit d’activités ludiques en extérieur. Marcher en forêt, jardiner, jouer avec ses petits-enfants, participer à une activité collective en plein air… Ces moments stimulent le corps, mais aussi les interactions sociales et le sentiment d’appartenance.

Le jeu actif en plein air : un pilier de santé publique face à la sédentarité
Ce nouvel énoncé va plus loin : il appelle à reconnaître le jeu actif en plein air comme un enjeu majeur de santé publique.
Un temps excessif passé à l’intérieur est associé à davantage de comportements sédentaires, à une augmentation du temps d’écran et à une exposition accrue à certains polluants intérieurs. À l’inverse, sortir jouer ou bouger dehors contribue à rééquilibrer nos journées.
Dans un contexte où les maladies chroniques liées à l’inactivité progressent, remettre du mouvement dans le quotidien devient essentiel. Le jeu actif en plein air offre une approche accessible, peu coûteuse et adaptable à tous les niveaux de condition physique.
Il ne s’agit pas nécessairement de performance sportive, mais plutôt de retrouver le plaisir de bouger, de façon ludique. C’est précisément cette dimension ludique qui peut lever certains freins, notamment chez les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le sport traditionnel ou qui vivent avec une pathologie chronique.
Nature, climat et “One Health” (« Une seule santé »)
L’énoncé 2025 introduit aussi une dimension plus large : celle de la relation entre santé humaine, santé environnementale et bien-être collectif. Cette approche, souvent appelée “One Health”, souligne l’interconnexion entre notre santé et celle de la planète.
Le jeu actif en plein air renforce la connexion à la nature. En multipliant les expériences positives à l’extérieur, on développe un attachement aux espaces naturels et une sensibilité à leur préservation. Cette relation peut contribuer, à long terme, à des comportements plus respectueux de l’environnement.
Les auteurs soulignent également que le changement climatique peut menacer les possibilités de jeu en extérieur, d’où l’importance de préserver et d’aménager des espaces verts accessibles, inclusifs et adaptés à tous les âges.
Ce point rejoint les réflexions sur l’urbanisme favorable à la santé : concevoir des villes qui invitent au mouvement, avec des parcs, des parcours accessibles et des espaces partagés, peut transformer nos habitudes, comme nous l’expliquons dans notre article sur les aménagements urbains favorisant le mouvement, à travers le design actif.
Redonner une place au jeu actif en plein air, à tout âge
Ce que propose l’énoncé 2025 est ambitieux : faire du jeu actif en plein air un droit fondamental et un élément central de sociétés durables.
Cela suppose de repenser les cours d’école, mais aussi les quartiers, les lieux de travail et les espaces de vie. Cela suppose également d’encourager le jeu intergénérationnel : quand un grand-parent joue au ballon, marche en nature ou explore un sentier avec un enfant, chacun y gagne en santé et en lien social.
Pour les professionnels du Sport Santé, cette vision ouvre des perspectives intéressantes. Les activités physiques adaptées peuvent intégrer davantage cette dimension ludique et extérieure, au service des personnes vivant avec une maladie chronique, en perte d’autonomie ou en reprise d’activité.
Finalement, la question n’est peut-être pas seulement celle du niveau physique des enfants à l’entrée en sixième. Elle est plus large : quelle place laissons-nous au mouvement libre, spontané et joyeux dans nos vies ?
Le jeu actif en plein air nous rappelle que bouger peut être simple, naturel et partagé. À tout âge !
Lee, EY., de Lannoy, L., Kim, YB. et al. 2025 Position statement on active outdoor play. Int J Behav Nutr Phys Act 22, 117 (2025). https://doi.org/10.1186/s12966-025-01813-9 –> lire l’article
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