Fatigue, raideurs, inconforts persistants : ces douleurs invisibles, parfois incomprises, altèrent la qualité de vie, l’estime de soi et la mobilité. A l’occasion de la Journée mondiale de la fibromyalgie, il est essentiel de rappeler que de nombreuses personnes vivent aujourd’hui avec des douleurs chroniques invalidantes.
Pourtant, une stratégie simple, naturelle et accessible se révèle particulièrement efficace pour mieux les supporter : l’activité physique adaptée. Mais comment l’évoquer avec un patient réticent, pour lequel chaque mouvement est douloureux ? Et surtout, pourquoi bouger peut-il soulager ?
Mieux comprendre la douleur chronique et la fibromyalgie
Les douleurs chroniques touchent près de 20 % de la population française selon la Haute Autorité de Santé. Elles sont définies par leur persistance au-delà de trois mois et peuvent résulter de pathologies multiples : troubles musculosquelettiques, arthrose, cancers, ou encore fibromyalgie. Cette dernière, longtemps considérée comme un « syndrome flou », est aujourd’hui reconnue par l’Organisation mondiale de la santé. Elle affecte 1,5 à 2 % des Français, en majorité des femmes, et se manifeste par des douleurs diffuses, une grande fatigue, des troubles du sommeil, de la mémoire, et une hypersensibilité au toucher ou au bruit.
Le lien entre douleur et inactivité est souvent un cercle vicieux : la douleur entraîne l’évitement du mouvement, qui lui-même favorise la raideur, la fonte musculaire et donc… plus de douleur. C’est là qu’intervient l’activité physique adaptée (APA), comme une porte de sortie, progressive mais extrêmement efficace.
L’activité physique, une vraie réponse thérapeutique aux douleurs chroniques
Les recommandations scientifiques sont claires : bouger régulièrement réduit l’intensité des douleurs et améliore la qualité de vie des patients douloureux chroniques. Une revue Cochrane de 2017 [1] montre que l’exercice d’aérobie à intensité modérée (comme la marche rapide, le vélo doux ou la natation) diminue la douleur et améliore les fonctions physiques chez les personnes atteintes de fibromyalgie. L’activité physique stimule la sécrétion d’endorphines, qui exercent naturellement une action antidouleur, et réduit les marqueurs d’inflammation. Elle favorise également un meilleur sommeil et diminue l’anxiété, souvent associée à ces pathologies.
Attention cependant : l’activité physique doit être adaptée !
Inutile d’enchaîner les séances intensives ou de se lancer dans un programme de remise en forme drastique… L’objectif est la régularité, la douceur, l’écoute du corps. Même une simple marche quotidienne, quelques mouvements d’étirement ou du renforcement léger peuvent avoir un impact très positif sur les symptômes.

Rassurer, accompagner, motiver : dépasser les résistances des patients douloureux face à l’activité physique
Face à un patient douloureux, la première étape est souvent de déconstruire des idées reçues : « Si je bouge, je vais aggraver mes douleurs », « Je n’ai plus la force », ou « Ce n’est pas pour moi ». Cette peur du mouvement est fréquente (et surtout compréhensible !). Saviez-vous qu’elle avait même un nom : la kinésiophobie ! C’est la peur de la douleur due au mouvement.
Le rôle du professionnel (professionnel de la santé et/ou du sport adapté) est alors de rassurer : non, l’activité physique bien encadrée ne nuit pas, au contraire. Il s’agit de valoriser les petits pas, les progrès minimes mais réels, et de proposer des activités adaptées, accessibles, qui tiennent compte des douleurs du jour, de la fatigue, du moral.
L’accompagnement est clé. C’est pourquoi des dispositifs existent pour soutenir cette reprise en douceur. Le catalogue d’activités physiques Forme Santé en Bretagne répertorie plus de 200 activités physiques adaptées dans toute la région, encadrées par des professionnels formés. Ces séances, souvent en petits groupes, permettent aux participants d’évoluer à leur rythme, en toute sécurité, dans une ambiance bienveillante et sans jugement.
Reprendre confiance grâce au mouvement
Proposer l’activité physique comme outil thérapeutique, ce n’est pas « ajouter une contrainte », mais au contraire offrir une solution. Le mouvement redonne de la maîtrise, de la confiance, du lien social. Il permet de passer du statut de patient à celui d’acteur de sa santé. Et surtout, il peut soulager.
Pour les personnes atteintes de fibromyalgie ou de douleurs chroniques, chaque mouvement compte. Il ne s’agit pas de faire plus, mais de faire mieux, avec moins de douleur et plus de plaisir !
1 : Bidonde J, Busch AJ, Schachter CL, Overend TJ, Kim SY, Góes SM, Boden C, Foulds HJA. Aerobic exercise training for adults with fibromyalgia. Cochrane Database of Systematic Reviews 2017, Issue 6. Art. –> lire l’article en entier (en anglais)
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